Psychanalyse des contes de fées – Bruno Bettelheim

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Ils sont considérés comme des histoires enfantines traditionnelles, pourtant les contes de fées ont une valeur psychanalytique. Et philosophique. Bruno Bettelheim a écrit un remarquable ouvrage sur ce thème, original.

 psychanalyse des contes de fees

La lecture des contes de fées est essentielle voire primordiale dans le développement psychologique de l’enfant. L’expliquer est le but du livre de Bruno Bettelheim, un célèbre psychanalyste pour enfants : « Psychanalyse des contes de fées ».

Il apporte les clés pour comprendre que les contes ne sont pas juste des histoires pour endormir nos « têtes blondes ». Ils sont aussi un outil précieux pour leur apprendre à affronter le monde qui les entoure.

 

I. Utilité de l’imagination

Dans cette première partie, l’auteur cherche à démontrer qu’il est important de lire des contes aux enfants. Et non qu’ils les lisent eux-mêmes. Ce, de façon à ce qu’ils puissent imaginer qu’il est possible de se venger des difficultés de la vie. Il montre que l’enfant s’identifie aux personnages des contes de fées. Il développe ainsi son imagination. Il devient mieux armé contre les aléas du quotidien.

Pour cela il s’appuie sur différents points.

 

Le désir de vengeance

On nourrit une vengeance lorsque l’on subit une injustice. Ce thème est abordé dans le conte des Mille et Une Nuits, « Le pêcheur et le génie« . C’est l’histoire d’un génie emprisonné dans une amphore qui est libéré par un pêcheur . Afin de se venger de cet enfermement, le génie veut tuer le pêcheur. De même, l’enfant que l’on punit peut se mettre en colère et nourrir une vengeance.

 

Plaisir ou réalité

Le conte « Les 3 petits cochons » évoque le dilemme du plaisir et de la réalité.  Il est comparable à la fable « La cigale et la fourni ». En moins moralisateur. L’enfant, en grandissant, imagine un monde meilleur. Gagne en sagesse et saura se protéger tout comme le fait le troisième petit cochon.

 

Fin triste ou heureuse

Certains contes de fées s’apparentent plus aux mythes (qui sont pessimistes) qu’aux contes (qui sont optimistes). Ainsi « La petite fiancée » ou « Le vaillant petit soldat de plomb » de Hans Christian Andersen.

Ces deux contes ont une fin triste comme les mythes. Ils impliquent un surmoi en conflit avec le ça et le moi. Ils ne permettent pas une identification propre au héros car celui-ci ne fait pas partie du monde réel.  Alors que le héros du conte de fées vit sur terre. Ce qui permet à l’enfant de s’identifier à son triomphe.

 

Sujets existentiels

Que ce soit grâce aux mythes ou grâce aux contes, ces textes nous permettent de nous interroger sur le monde extérieur. L’enfant s’interroge donc sur des sujets existentiels non comme le philosophe dans l’abstrait mais parce que ces sujets le concernent.

L’avantage du conte sur le mythe ? Il suggère. Il n’apporte pas de réponse précise. L’enfant peut ainsi laisser libre court à son imagination. Et se laisser porter par la magie.

 

Aide contre le surmoi

Priver l’enfant de contes c’est l’empêcher de trouver une aide. Une aide pour lutter contre les pressions des désirs irrationnels du surmoi.

À l’inverse du rêve, le conte est structuré. Avec un début, une intrigue et une fin. Il répond donc volontiers au questionnement de l’enfant sur lui même et sur le monde extérieur réel.

 

Extérioriser ses pensées

Grâce aux contes, l’enfant peut extérioriser ses pensées. Il met ainsi de l’ordre dans ses expériences.

Par exemple, ses pulsions destructives seront personnifiées par une méchante sorcière.

 

Un guide

Le conte guide l’enfant sur le chemin qu’il doit emprunter pour aller vers un avenir meilleur et plus serein. Il l’accompagne dans sa transformation. Ainsi, il divise son père ou sa mère en 2 personnes. L’une correspondant à la marâtre et l’autre à la bonne fée. En effet, pour lui cela ne peut pas être la même personne. À la fois douce (quand elle le console) et austère (quand elle le gronde). Il va apprendre en grandissant à les réunir.

 

Contre le monde chaotique

Entre 3 et 6-7 ans, l’enfant perçoit un monde chaotique. En écoutant les contes de fées, il commence à mettre de l’ordre dans la confusion de sa vie intérieure.

 

Intégration du ça

L’intégration du ça va se mettre en place. Le ça décrit sous forme d’une bête dans les contes représente notre nature animale. L’abeille est un bon choix pour représenter la lutte de l’acceptation de sa personnalité contre le désordre anarchique. Elle produit le miel (=douceur) mais elle pique aussi.

 

Notre attachement à la réalité

Le ça et le moi, ces deux aspects de notre personnalité, sont bien exprimés dans le conte des Frères Grimm « Frérot et sœurette« . Ainsi que dans les contes de Mille et une nuits, « Sinbad le marin »  et « Sinbad le portefaix« .

Ces  contes montrent notre attachement à la réalité de notre quotidien (Sinbad le portefaix). Et, par opposition, notre désir de trouver le plaisir (Sinbad le marin). Toutefois, la fin du conte ne réunit pas les 2 personnages principaux. Il est donc difficile de s’imaginer qu’il s’agit en fait de la même personne comme c’est le cas dans bon nombres de contes occidentaux. Comme, par exemple « Frérot et sœurette« .

Ceci s’explique par le fait que les aventures de Sinbad sont extraites des « Mille et une nuits ». Et que si l’histoire se terminait par la vie en commun des 2 héros, Shéhérazade n’aurait plus aucune raison de poursuivre son récit.

 

Le ça et le moi

Le conte des Mille et une nuits nous éclaire sur 2 notions. Le moi et le ça.

Le moi se doit de nous protéger contre les tendances agressives. Il est représenté par Shéhérazade.

Le ça est représenté par un roi égoïste à qui la princesse doit raconter une histoire par soir sous peine d’être sacrifiée.

Toutefois, ici, le moi de l’héroïne est très dominé par le surmoi. Car elle est prête à mourir pour accomplir sa mission. Ttandis que le ça du roi n’a plus de lien avec son moi et son surmoi.

 

Intégrer ses contradictions

Certains contes aident l’enfant à intégrer ses contradictions. Ainsi le conte des Frères Grimm, « Les deux frères« , nous expose la vie de deux jumeaux que tout oppose.

En fait, il faut comprendre que ces jumeaux sont une seule et même personne. Pour survivre, elle doit accepter tous les aspects de sa personnalité.

 

Projection

Pour réussir à intégrer les contradictions de notre personnalité, il est souvent nécessaire de les projeter sur des personnages différents. Le conte « Les trois langages » des Frères Grimm illustre bien ce thème.

 

La division de l’esprit humain

En psychanalyse, le chiffre 3 est en relation avec le ça, le moi et le surmoi. L’histoire des Frères Grimm « Les trois plumes » nous montre cette division de l’esprit humain.

Note : on sait depuis que la psychanalyse fabrique des troubles en divisant ainsi l’esprit humain. En PNL on a établi que nos parties sont maléables. Un psychanalyste peut donc fabriquer des parties chez une personne. Heureusement il est possible de s’en défaire. Grâce aux techniques de la PNL.

 

Le Complexe d’Œdipe

Évidemment, dans les contes on retrouve le complexe d’Œdipe.

Le jeune garçon (ou la jeune fille) s’en prend à son père (ou à sa mère) afin de l’écarter. Pour ainsi jouir de l’attention toute entière de sa mère (ou de son père). Il est inutile de répéter à l’enfant que lorsqu’il sera grand il se mariera et prendra la place du père (ou de la mère). Pour l’aider à vivre avec ce conflit, mieux vaut lui lire des contes de fées tel que « Cendrillon » ou « Blanche-Neige« .

 

Le refus des contes de fées

Malgré tous les points forts décrits ci-dessus, de nombreux parents ne souhaitent pas lire de contes à leurs enfants car, d’après eux :

  • ils ne sont pas représentatif de la réalité
  • ils mentent aux enfants
  • ils entraînent les enfants à croire au magique
  • ils saturent l’esprit des enfants de fantasmes féeriques et les empêchent de faire face à la réalité.

 

Un refus injustifié et préjudiciable

Pourtant, les enfants aiment les contes de fées. Parce que ces histoires se finissent toujours bien. Or ils ne sont pas capables de trouver seuls une issue heureuse aux récits.

Grâce aux contes, l’enfant va petit à petit devenir autonome. Il va apprendre à faire face aux difficultés de la vie. Ses frustrations primaires vont s’estomper pour laisser place à des réactions sages et sereines, pleines de sécurité.

« La gardeuse d’oie » des Frères Grimm illustre cette qualité du conte de fée.

Les enfants préfèrent les contes de fées traditionnels où le héros est récompensé et le méchant puni. Pour eux, il est normal que le méchant subisse le sort qu’il réservait au héros comme la sorcière dans »Jeannot et Margot » qui finit dans le four.

Ainsi, l’enfant a besoin des ces quatre éléments :

  • imagination,
  • guérison,
  • délivrance
  • et réconfort.

Il n’en n’est pas conscient mais il l’extériorise grâce aux contes de fées.

 

Sur la façon de lire les contes de fées

La lecture de contes de fées n’est pas chose anodine. Elle doit être faite en y mettant le ton et en racontant l’histoire en faisant passer les émotions.

Les contes de fées ne doivent pas être expliqués aux enfants.

 

II. Utilité de l’enchantement

Cette deuxième partie est destinée à montrer comment l’enchantement apporte à l’enfant des briques à la construction de son psychisme. Bruno Bettelheim cite donc de nombreux contes qui permettent d’accomplir cette tâche.

 

Sortir de l’oralité

« Jeannot et Margot » – Cette histoire traduit l’angoisse de l’enfant sur sa peur d’être abandonné par ses parents.

Cette angoisse se traduit dès le plus jeune âge quand l’enfant se réveille affamé dans le noir. La mère répond alors à son besoin oral en le nourrissant. Avec le temps, l’enfant va devoir apprendre à maîtriser cette peur d’abandon.

 

Surmonter les ambivalences

« Le petit chaperon rouge » – Le thème de ce conte tourne autour de la sexualité à la puberté et de la passion humaine:

  • le rouge évoque les émotions violentes
  • le loup rappelle à la fois le père et le séducteur (complexe d’Œdipe)
  • la petite fille s’éveille à la vie en perdant son innocence d’enfant
  • la grand-mère d’âge mûr est un échappatoire pour l’enfant (elle indique au loup où habite sa grand-mère pour qu’il la laisse tranquille)

 

Les difficultés pubertaires de l’enfant de sexe masculin

« Jack et la perche à haricots » –  Ce conte aborde le thème de la maturité.

Jack, à travers ses aventures, apprend à se construire et à devenir adulte et à se libérer de son père. Père symbolisé par l’abattage de la perche qui a également un sens phallique.

 

Souffrance de l’enfant

La reine jalouse de « Blanche-Neige » et le mythe d’Œdipe.

Les contes peuvent également évoquer les problèmes des rapports parents/enfants. Mais en se plaçant du côté de l’adulte.

Ces récits avertissent les parents sur les souffrances de l’enfant par rapport aux problèmes œdipiens.

 

Les difficultés pubertaires de l’enfant de sexe féminin

Dans le conte « Blanche-Neige » on relève les thèmes :

  • du narcissisme (la marâtre interroge son miroir)
  • des problèmes parentaux créés par l’arrivée de l’enfant (abandon de l’enfant)
  • du rôle des deux parents pour aider l’enfant à intégrer ses conflits œdipiens (le délaissement du père, la maltraitance de la mère)

 

À la recherche de l’identité

La charmante histoire « Boucles d’or et les trois ours » soulève les problèmes de l’enfance liés à l’identité. Mais n’y apporte pas de solution. En effet, il n’y a pas de dénouement.

 

Maîtriser l’adolescence

Le conte « La belle au bois dormant » permet d’aborder le sujet de  la maturité sexuelle. Cette période où l’activité hormonale se met en place est souvent synonyme de repli sur soi et d’inactivité. D’où l’analogie avec le long sommeil de la princesse. Mais ce n’est que pour en sortir plus active et épanouie que jamais.

 

La rivalité fraternelle

L’héroïne de « Cendrillon » est confrontée à des déceptions tout comme l’enfant. Angoisse de castration et mauvaise opinion d’elle-même. Puis, l’enfant développe son autonomie tout comme l’héroïne à la fin de l’histoire.

 

Développement de l’esprit de solidarité

Le cycle du fiancé-animal dans les contes de fées.

Dans les contes de fées on ne parle ni de coup de foudre ni de ce qui se passe après le mariage du prince et de sa belle. Le thème de l’amour est abordé par le cycle du « fiancé-animal ». En effet, grâce à l’amour de la princesse, le prince, transformé en bête suite à un mauvais sort, reprend sa forme humaine. Plusieurs contes illustrent ce type d’histoire solidaire: « La belle et la bête« , « Blanche-Neige et Rose-Rouge« , « Le roi grenouille« .

 

Conclusion

Par la lecture des contes de fées aux enfants, les parents aident leur progéniture à se développer psychologiquement pour mieux appréhender le monde adulte.

Ils leur montrent le chemin pour surmonter les problèmes affectifs ou sexuels. La fin donnant toujours le héros gagnant, les contes les aident à prendre confiance en eux.

 

Ce que j’ai aimé dans cet ouvrage

  • Les nombreux exemples des contes dont le choix est toujours pertinent.
  • L’approche conte de fée / développement personnel.
  • Le rapport parent / enfant.

 

Ce que je n’ai pas aimé dans le livre

  • Le peu de lien avec la psychanalyse et la philosophie.
  • Les répétitions de certains points (comme le complexe d’Œdipe ou la sexualité).
  • L’auteur certifie qu’il n’y a pas d’effets négatifs de la lecture des contes de fées or ils existent certainement (Exemple: les cauchemars de l’enfant)

 

 

Image : Owensart

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