La philo des super héros [Livre]

Philosophie et comics ? Quelle idée comique ! En fait, pas du tout. Les super héros sont des archétypes. Un livre récent vient occuper une place de choix dans la philosophie à mi-chemin entre le sérieux et le (vrai) public. Amener la philosophie au grand nombre, ça, j’ACHÈTE !

 

philosophie super heros

 

Présentation de l’ouvrage

Sorti en août 2017 l’œuvre de Élodie Denis et Jonas Mary compte 244 pages. Vous ne serez pas assommés, lecteurs de comics, par le pavé. Et c’est l’occasion, quand on est passionné de super héros, de faire un peu de philo. Non ?

Nous avions déjà parlé des séries. Maintenant c’est le tour de la BD. BD qui passe au grand écran maintenant…

 

Le mythe du char ailé

Platon utilisait beaucoup l’analogie et la métaphore. Il n’en emploie pas moins de 15 dans La République.

La philo des super héros s’ouvre sur le mythe du char ailé. Ce mythe pose la question de l’enseignement de la philosophie par l’image.

Socrate faisait donc de la BD avant l’heure !? Ou un super héro ? N’avait-il pas aussi été un soldat ?

 

La définition du super héro

L’ouvrage s’attache ensuite de définir ce qu’est un super héro. Donc, quelles sont les conditions nécessaires et suffisantes.

On y découvre aussi pourquoi un super héro porte un costume… Réponse que tout le monde souhaite connaître.

Aristote nous aide à définir ce qu’est un objet : genre commun et ce qui le différencie spécifiquement. Cela me fait penser à la PNL ou au Sleight of Mouth.

Ensuite il faut voir ce qu’en pense l’historien de l’art. Il a sa propre vision de la chose.

 

La liberté

Le super héro accomplit-il son destin ? Oui d’après Spinoza. Car pour lui l’homme est prédéterminé. Ce que l’on est déterminé par des causes. Spinoza n’était pas un type rigolo ! :-)

Epictète, le stoïcien, lui, pense plutôt qu’il s’agit de hasard. Et qu’il faut accepter ce qu’il arrive. Mais tout en essayant de faire au mieux.

Quant à l’existentialisme, Sartre, nous dit que l’homme est liberté. Il est déterminé par ses actes. Il choisit et, comme dit Nietzsche, « il devient ce qu’il est ». En gros le super héro est le surhomme de Nietzsche. Délivré de la culpabilité et du ressentiment de la morale.

 

La technique

Iron Man (j’adore le film) triche en utilisant une machine. La pensée dominante (doxa) considère que ce qui n’est pas dû à la technique est plus noble.

Pour avoir utilisé la technique, Icare a été puni.

Pour les anciens et les classiques, la technique c’est caca. On comprend qu’on ait connu 20 siècles de stagnation !

La position de Hegel est proche. Quant à Machiavel, tous les moyens sont bons, pour le super héros, pour arriver à ses fins. C’est le « conséquentialisme ». Car le but est noble.

Remarque : de nos jours les dirigeants s’inspire de Machiavel et de très grands maîtres à penser en matière de manipulation, mais le but n’est pas noble…

Mais en fait on a plutôt un continuum entre homme – machine et nature. La voie du milieu, quoi.

Enfin, bref, si vous adorez Iron Man, c’est votre chapitre.

 

La nature

Spiderman est-il contre nature ?

Dans ce chapitre on y apprendra à dompter les vilaines bêtes de Descartes. Pour décider si cet homme araignée est plus humain qu’animal.

On y parle de pulsion et du principe de causalité. Mais aussi de libre arbitre.

On y retrouvera aussi Wonder Woman et « l’homme qui est un loup pour l’homme« . Cette expression est mal comprise. Les auteurs expliquent son origine et son sens.

Darwin nous explique qu’il y a continuité entre l’animal et l’homme. Et les animaux sont capables d’une certaine « morale ».

 

L’action

Pour montrer que la paresse est un vilain défaut – ou pas, c’est Marc Aurèle, l’empereur philosophe, qui s’y colle.

Stoïcisme et philosophes de l’antiquité (publicistes de la religion catholique) dénoncent la paresse.

Les auteurs confrontent la paresse au plaisir et au besoin. Le péché ! Ouuuh !

 

La justice

Les super héros sont des justiciers ! Ils redressent l’injustice quand la loi est injuste.

Avec Superman et Socrate (drôle d’association) on étudie le positivisme juridique.

Puis la Loi du Talion de Magneto.

Captain America, lui, c’est plutôt la désobéissance civile.

Remarque personnelle : la désobéissance civile introduite par ce personnage est sans doute une technique de déstabilisation des gouvernements opposés aux idées américaines. On sort de la philo. Ces histoires de super héros sont aussi un instrument de manipulation des idées. Instruments qui ont été ceux des USA pour dominer le monde.

Ces concepts ne sont donc pas anodins. Peuples du monde, renversez vos gouvernements quand ceux-ci sont une menace pour l’Oncle Sam…

 

La volonté

« Quand on veut, on peut ! » C’est la phrase fétiche de ce chapitre. Et l’histoire Marvel fétiche c’est Green Lantern.

Est-ce : quand on peut on veut ? On y verra si la volonté suppose l’action ou si le désir est à l’origine de l’action.

Volonté, désir, action, peur : ces notions sont liées.

Mais parler de désir et de satisfaction, cela attire Freud !

On aborde ensuite la volonté avec Schopenhauer. Retour au « quand on veut… ». La volonté est une force primordiale !

On l’aura compris, vous saurez tout sur la phrase « Quand on veut, on peut ! ».

 

La morale

Le sacrifice d’un seul pour sauver une communauté est-il moral ? C’est le dilemme du trolley et le sujet de cette partie.

On oppose une moral utilitariste qui minimise le mal à l’approche déontologique de Kant qui ne veut nuire à personne.

Un choix est-il moral s’il était souhaitable dans toute situation ?

 

La perception

On aborde ici la fameuse « je pense donc je suis ». Et les auteurs expliquent ce qu’il faut ne comprendre et ce que ce n’est pas.

Ensuite Daredevil nous explique qu’on a plus de 5 sens. Et il se pose la question des illusions. Car les erreurs viennent des interprétations des sens.

Et pour corriger les erreurs on peut utiliser un autre sens, une autre observation ou le raisonnement.

 

Le bonheur

Les auteurs nous apprennent à distinguer épicurisme d’hédonisme. Ensuite ils décrivent le premier. Et l’on passe par le plaisir, l’ataraxie, l’absence de manque. Une première analyse pourrait faire croire que le bonheur pour un héros c’est le bien de tous.

Mais est-ce que le bonheur n’est pas dans la satisfaction des désirs comme le pense Schopenhauer ? Car cette satisfaction n’apporte que déception et ennui.

Mais au final, le bonheur consiste à suivre le chemin. Il est dans l’action. D’ailleurs je dis toujours que l’action tue l’émotion (négative)…

 

La vérité

Et voilà Wonder Woman et son lasso… La vérité est-elle dire ce qui est conforme au réel ? Être sincère ? Car on peut se tromper, mais on peut aussi contrefaire volontairement la réalité (le mensonge).

On aborde :

  • la vérité empirique
  • la vérité logique
  • le principe de causalité (remis en cause par P. Guillemant).

Mais Nietzsche nous ramène à la réalité en disant que la réalité elle-même n’est qu’une perception pour nous.

Et Spinoza rétorque que réalité n’est pas vérité. Les objets sont ce qu’ils sont. Ils ne sont ni vrais, ni faux.

Dans le Banquet, on apprend aussi qu’il est plus important de chercher à comprendre, de savoir qu’on ne sait pas que d’avoir une opinion.

 

La sagesse

On étudie dans cette partie la phrase « connais-toi toi-même ». Et c’est Hulk qui s’y colle.

On y parle de modeste et de connaissance de ses limites et de ce que l’on ignore.

Freud et sa théorie de l’inconscient est aussi au menu. La sagesse serait de connaître son propre fonctionnement.

C’est vrai, ça, personne n’a reçu le mode d’emploi de son cerveau. De ses émotions, de ses comportements. Déjà que tout ce qu’on nous dit sur la nutrition est faux !

Mais il faut savoir que Freud est dépassé. La PNL et l’hypnose vous fourniront de vrais modes d’emploi.

 

Le temps

Loin de remettre en cause le temps comme Philippe Guillemant, les auteurs se posent la question de savoir si le temps est une réalité physique ou une perception (Kant, Alain).

Avec la théorie de la relativité, il y a de quoi disserter !

 

Les super vilains

Vient ensuite d’autres parties qui expliquent comment on devient super vilain. C’est le prétexte à discuter du mal. Physique ou métaphysique.

On y verse un peu dans la psycho.

 

Le super bonus

En bonus, le livre sur la philosophie des héros, offre un test pour savoir quel héros vous êtes.
Et une liste des personnages : des fiches signalétiques façon super héros des philosophes. Une façon amusante d’apprendre les principales idées de ces philosophes.

 

Mon avis

Ce que j’ai aimé :

  • le propos est ponctué par des sidebars « on fait le point » qui permettent de bien retenir les notions.
  • la liste des personnages du super bonus

Ce que j’ai moins aimé :

  • la partie sur les super vilains
  • le test.

 

Conclusion

Cet essai sur la philosophie des héros de Marvel est intéressant. Il permet d’aborder des thèmes philosophiques sous un nouveau jour.

La forme est plaisante. Il faut cependant ne pas être rebuté par les personnages de Marvel.

Pour finir j’ajouterai que ces histoires de comics servent aussi au vainqueur de toutes les guerres qu’il a provoquées à réécrire l’histoire. La philosophie n’y est pour rien là-dedans. Mais la vision du monde de Marvel est celle des États-Unis. C’est le reproche que je fais à ces histoires très manichéennes.

L’ouvrage, quand à lui est une analyse plaisante et fort instructive.

J’admire l’art des auteurs. Car pour être capable de trouver une telle dissertation philosophique au sujet des comics c’est du grand art. Ou plutôt une grande technicité. C’est un métier !

Merci à eux de nous faire découvrir tout cela à partir d’un matériau moderne.

 

Vous pouvez vous procurer ce livre sur Amazon.

 

Image : StockSnap

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