La république – Platon ou la place de l’État et de la justice

by BL 0 Comments

La république de Platon est un classique. Vous en trouverez de nombreux commentaires sérieux. Je vais en faire ici un résumé non académique. C’est le fruit de ce que j’ai retenu de ma lecture, agrémentée de remarques et commentaires personnels. Il n’engage que moi.

 

la republique platon etat justice

 

Présentation de La République

La République est un grand classique de philosophie.

Platon, disciple de Socrate, retrace dans cette œuvre la pensée philosophique de son maître. Ce, à travers une suite de dialogues mettant en scène différents personnages. Socrate, Glaucon, Polémarque, Thrasymaque, Adimante, Céphale, Nicératos et Clitophon.

La République se divise en 10 parties et aborde les sujets suivants :

  • la justice
  • la sagesse
  • le courage
  • la maîtrise de soi (ou tempérance)
  • la gouvernance de la cité
  • la philosophie.

 

Livre I – Nature de la justice

Dans cette partie on assiste à une joute verbale entre Socrate et ses « amis ». Ces derniers cherchent à connaître la nature de la justice.

La scène commence au Pirée. Où Socrate se trouve avec son frère Glaucon. Quand tout à coup Polémarque, par le biais de son esclave, l’aborde.

Être juste

Polémarque,  l’invite chez lui. Socrate entame alors une première discussion avec le vieux Céphale, père de Polémarque, sur la vieillesse. Puis le sujet de la justice est abordé. Céphale soutient que pour être juste il faut rendre ce que l’on a reçu et dire la vérité.

Céphale passe alors la parole à son fils et c’est là que le vrai débat commence. Son entretien avec Socrate va mener à la maxime suivante :

« Il est juste de faire du bien à ses amis et du mal à ses ennemis »

L’intérêt du plus fort

C’est alors que Thrasymaque entre dans la discussion. C’est un sophiste de la Grèce Antique et premier à enseigner l’art oratoire.  Pour lui la justice n’est que « l’intérêt du plus fort ». Beau sujet de réflexion !

L’homme juste et bon contre le vice

L’homme juste est bon, sage et heureux et il veut l’emporter sur son contraire.

L’homme injuste est ignorant, méchant et malheureux et il veut l’emporter sur son semblable.

Donc la justice est synonyme de vertu et de sagesse et l’injustice est synonyme de vice.

Cependant, Socrate ne saurait dire si celui qui est vertueux est heureux ou malheureux. On est pas très avancé sur le sujet de la justice. Gageons que les livres suivants nous en apprendrons plus…

 

Livre II – Définition et origine de la justice

Cette partie retrace un échange entre Socrate et Glaucon. Pour ce dernier conclure que la justice est préférable à l’injustice est trop simple (on le comprend !).

Il veut étoffer le débat et cherche :

  1. l’origine de la justice
  2. comment rendre la justice (activité souvent faite à contre cœur par ceux qui la pratiquent et non pour le bien)
  3. si la condition de l’homme injuste est meilleure que celle de l’homme juste.

 

Profiter de l’exercice de la justice

Reprenons donc les idées de La République point par point:

  1. la nature et l’origine de la justice sont les lois et les conventions nécessaires pour l’entente entre les hommes
  2. l’injustice est avantageuse individuellement donc l’homme ayant le pouvoir de rendre la justice loue sa vertu en public mais s’empare du bien d’autrui en privé.
  3. rien en apparence ne distingue l’homme juste de l’homme injuste. Cependant, l’homme injuste peut prospérer, faire plaisir à ses amis, faire des sacrifices aux Dieux, dénigrer ses ennemis et ainsi être aimé et mener une vie bien plus agréable que l’homme juste, sans les scrupules d’être injuste.

 

Justice = approbation des dieux

Adimante, prend alors la parole pour ajouter une autre idée : la justice est synonyme de bonne réputation et de l’approbation des Dieux.

Pourtant pour les poètes, la justice est pénible alors que l’injustice est avantageuse. Ainsi les Dieux donnent l’infortune aux hommes vertueux et un meilleur sort aux méchants. La justice est liée à la réputation et aux récompenses et l’injustice est utile aux plus forts et nuisibles aux plus faibles.

Adimante demande alors à Socrate de s’interroger et de voir si la justice échappe au regard des Dieux et de l’homme et de définir les notions de bien et de mal.

Socrate, qui sait bien noyer le poisson, va donc raconter l’histoire de l’État depuis sa création jusqu’à la désignation des hommes gardiens de l’État.

 

L’État et la justice

Ces gardiens, placés en nourrice, doivent recevoir une éducation spécifique pour pouvoir rendre la justice. Socrate introduit l’idée de censure voire de dictature car ces hommes seront élevés avec la connaissance uniquement des fables qui parlent de vertu. Ils n’auront donc pas la liberté de lire les écrits qu’ils souhaitent. Cette technique permet d’aliéner toute une population et est appliquée dans tout système intégriste.

D’après Socrate, ce système est un modèle à suivre pour parler de Dieux. [là je vois pas le rapport mais c’est Socrate qui le dit…]. Il faut retenir deux principes pour parler des Dieux dans les écrits :

  • Dieu est bon et n’est pas la cause de nos maux
  • Dieu est parfait, il ne ment jamais et ne cache pas la vérité.

Du coup, les gardiens de l’État devront être formés selon ces deux principes. Ce, pour ressembler autant que faire se peut aux Dieux. Ils devront être bons et garants de la vérité.

Là on avance sur le sujet de la justice. On sait maintenant que pour garantir la justice, il faut une cité idéale avec des gardiens d’État. Voyons ce que Socrate nous réserve dans son livre III.

 

Livre III – Formation des gardiens de l’État

Ici, Socrate et ses « amis » s’entretiennent sur la formation à donner aux gardiens d’État.

Voici comment les règles :

  1. Ils ne doivent pas se lamenter car les lamentations sont réservées aux femmes et aux lâches – bon là clairement on voit que Socrate est misogyne
  2. Ils seront autorisés à mentir pour tromper l’ennemi ou dans l’intérêt de l’état – je suppose qu’à l’ENA, les élèves sont formés sur ce point
  3. Un choix particulier d’œuvres littéraires et musicales leur sera proposé afin qu’ils ne s’amollissent pas – ben voyons, c’est pas à eux de réfléchir
  4. Il leur sera interdit de s’enivrer – tiens pour un fois je suis plutôt d’accord avec Socrate, quoique une bonne cuite de temps en temps c’est pas mortel mais la religion l’interdit, alors non
  5. Ils devront entretenir leur corps par la gymnastique et une alimentation saine – bon là encore je suis d’accord avec Socrate
  6. Ils doivent fidélité à l’État dès l’enfance – pour bien les embrigader, ça vous rappelle rien ?
  7. Ils recevront une éducation militaire qui interdit la rébellion contre le chef et glorifie l’honneur – mais si, Hitler, Mussolini et leur embrigadement de la jeunesse
  8. Le logement leur sera imposé. ils n’auront pas le droit à la propriété (habitation). Ils auront juste droit aux objets de premières nécessités
  9. Ils doivent être incorruptibles

Voici quelques autres point à retenir sur cet État:

  • pas de possibilité de s’émanciper de sa condition sociale  » le cordonnier y est cordonnier et non pilote en même temps »
  • l’éloge limite de l’acte pédophile comme dans le Banquet  « l’amant devra baiser le jeune garçon, s’approcher de lui et le toucher  comme s’il était son fils »
  • l’éloge de la sélection génétique, élimination des personnes handicapées physiques ou mentales « on laissera mourir ceux dont le corps est mal constitué »

Bref Socrate est pour le bien de l’humanité mais pas pour le bien individuel. Çà on l’a bien compris et au diable les idées gauchos des féministes, handicapés de France, et autres ONG.

 

Livre IV – Une cité juste

Dans cette partie, on continue de s’exprimer sur les modalités de la mise en place de la cité idéale.

Les gardiens ou guerriers seront les maîtres de l’État. Ils n’auront pas d’avantage dans la société. Ils ne pourront faire du mal à l’État.

Deux maux ne doivent pas exister dans la cité. La richesse qui est signe de mollesse et d’oisiveté. Et la pauvreté qui induit l’envie de faire du mal.

On doit donc :

  • veiller à garder un modèle humain de la cité. On doit donc renvoyer les enfants dégénérés des gardiens dans les autres classes de la population – cela s’apparente à de l’eugénisme
  • surveiller le programme de l’éducation afin qu’il n’y ait pas de dérive par rapport à la consigne établie
  • veiller aux respects des règles des plus jeunes (Ex: honorer son père et sa mère)

Une fois la cité fondée et pour que l’État soit parfait, il lui faut quatre vertus:

  1. la sagesse
  2. le courage
  3. la tempérance (emprise sur le plaisir et la passion)
  4. la justice

Pour que la justice triomphe en chaque individu, il faut donc sagesse, tempérance et courage. Si quelqu’un possède ces trois qualités, il est digne d’être gardien de l’État.

Mais l’âme possèdent-elles ces qualités ? D’après Socrate c’est le cas. Donc un homme brave et sage, sachant maîtriser sa colère est juste comme l’État.

Dans le livre suivant, Socrate et ses disciples examineront les différentes formes de vice (injustice) et surtout la formation de l’État.

 

Livre V – La formation de L’État

Cette partie est consacrée à la description de la formation de l’État.

Pour la république, l’État fonctionnera de la façon suivante

Misogynie

La femme est inférieure à l’homme dans les fonctions d’administration de l’État. [On note au passage encore le caractère misogyne de Socrate dans son propos]. Toutefois si par nature, elle peut assurer la garde de l’État , seule une minorité pourra devenir gardien. Et bien sûr, elle sera traitée à l’égal de l’homme. [Bon là Socrate tente de se rattraper].

Eugénisme et pédophilie

Concernant l’accouplement… Ils se font entre Élites et on favorisera l’éducation des enfants douées. Tandis qu’on cachera les enfants difformes. C’est pas moi qui l’invente c’est Socrate qui le dit : on garde une « pure race des gardiens ». On permet même l’accouplement entre frères et sœurs. Cela ne vous rappelle pas notre bon vieux temps des rois où la consanguinité avait fini par affaiblir les dynasties ? Franchement sur ce point j’ai du mal à suivre Socrate.

L’État vu par Socrate implique :

  • Une participation des gouvernants aux intérêts des citoyens.
  • Des lois qui « assureront la paix entre nos guerriers ».
  • Des accouplements homme/femme qui se ressemblent pour avoir des enfants parfaits.
  • Interdiction des guerres barbares (pas de pillage).

Il faudra réaliser une Constitution, dit La République.

Une gouvernance par les philosophes (comme par hasard) sera le mieux car les hommes qui aiment les sciences sont justes alors que les hommes qui s’attachent à l’opinion sont subjectifs.

On s’aperçoit donc à la fin de ce chapitre que Socrate prêche un peu pour sa paroisse. Mais bon laissons lui une chance de nous démontrer que c’est pour le bien de sa cité dans le livre suivant.

 

Livre VI – Gouvernance par les philosophes

Quelles sont les qualités des philosophes?

  1. ils sont attachés à la vérité
  2. ils sont sincères et refusent le mensonge
  3. ils ne craignent pas la mort
  4. ils font preuve de maîtrise de soi
  5. ils sont courageux
  6. ils ont une grandeur d’âme
  7. ils ont une facilité à apprendre
  8. ils ont une bonne mémoire
  9. ils sont capables de persuader par la paroles et non par la répression

C’est à ce type d’hommes qu’il faut confier l’État. Ces hommes ne doivent pas se laisser pervertir par la corruption. D’où l’importance de leur bonne éducation. Les philosophes auront la charge du fonctionnement de l’État. Ils seront garants de la Constitution mais il faudra ajouter la science à leur enseignement.

Bien on a avancé. Pour avoir des hommes justes, il nous faut une cité juste avec un État juste. Composé de Gardiens garant de la justice et de  sécurité et bien sûr il nous faut des philosophes garants de la Constitution.

 

Livre VII – Formation des philosophes-magistrats

Voyons maintenant comment devront être formés ces philosophes-magistrat.

Je vous passe l’allégorie de la cavernes (démonstration que l’éducation est positive sur l’esprit humain) dont vous trouverez un résumé très bien fait sur internet.

L’homme appelé à la conduite de l’État devra avoir une double compétence: guerrier et philosophe.

A savoir, en plus de la gymnastique et la musique, il devra être initié aux sciences telles que:

  1. le calcul et la science des nombres (utile pour les négociation)
  2. la géométrie plane (utile pour la guerre)
  3. la science qui étudie les dimensions de profondeur (c’est à dire la géométrie dans l’espace qui n’avait pas encore été découverte à l’époque de Socrate)
  4. l’astronomie
  5. le solfège
  6. la dialectique

Tiens, cela me rappelle un peu l’examen du baccalauréat. Comme quoi Socrate était en avance sur son temps.

 

Livre VIII – Les types de gouvernement

Après avoir traité de la gouvernance de l’État , Socrate s’attaque aux différents types de gouvernement.

Il en distingue quatre :

  1. la timarchie
  2. l’oligarchie
  3. la démocratie
  4. la tyrannie

On bascule d’un gouvernement à l’autre en se détournant progressivement des lois de justice.

C’est l’État démocratique qui intéresse le plus Socrate et ses disciples. Il est divisé en trois classes :

  1. l’engeance (je n’ai pas compris à quel type de personne cela correspond)
  2. la magistrature (ce doit être les hommes qui font appliquer la loi)
  3. le peuple de base (c’est la classe la plus nombreuse, c’est à dire les travailleurs de force)

La démocratie peut facilement se transformer en tyrannie en donnant la liberté aux esclave qui serviront ensuite de gardes au tyran (donnant- donnant). Aujourd’hui : notion de racailles d’en bas fort utiles aux racailles d’en haut… Ou encore, on peut se poser la question : « à qui les terroristes sont utiles ? ».

 

Livre IX – Homme démocratique / homme tyrannique

Dans la continuité du livre X, Socrate oppose l’homme démocratique à l’homme tyrannique.

L’homme tyrannique :

  • est ivrogne, amoureux et fou
  • applique ses méfaits à sa patrie
  • dirige un état d’esclaves
  • est esclave de lui-même
  • est le plus éloigné du plaisir.

Les principales classes d’hommes sont :

  • le philosophe
  • l’ambitieux
  • l’intéressé.

Pour bien juger, il faut ces trois qualités :

  • l’expérience
  • l’intelligence
  • le raisonnement.

Il est évident que seul le philosophe possède ces trois qualités et est un homme démocratique !

On confirme ici la conclusion faite au livre VI, l’État juste doit être géré par des hommes sur qui on peut compter. Donc des philosophes !

 

Livre X – L’âme et la justice

On pourrait appeler cette partie « Pour aller plus loin ».

Les arts dans La République

Ici, Socrate présente la place de la poésie dans la cité idéale. Pour lui, les arts se distinguent de trois façons :

  • celui qui s’en sert (ex: joueur de flûte)
  • celui qui fabrique (ex: facteur de flûte)
  • celui qui imite (le peintre).

Les deux premiers ont besoin l’un de l’autre pour s’exprimer. L’imitateur lui n’a qu’une connaissance superficielle des choses pour exercer son art. Il faut donc s’en méfier car il n’est pas naturellement rationnel – « il » étant le peintre ou le poète. Ces artistes nourrissent les sentiments d’amour, de colère et de passion au lieu de les apprivoiser pour apprendre à maîtriser son âme.

 

L’âme, l’Église

Tiens, l’âme parlons-en justement. Elle est différente du corps. Qu’en est-il de l’âme par rapport à la justice ?

Là, Socrate nous exposent ses idées qui me rappelle mes cours de catéchisme :

  • l’homme injuste mourra plus tôt que les autres. Il nous faut donc une âme pure si nous ne voulons pas mourir trop jeune.
  • en s’efforçant d’être juste l’homme gagnera une bonne âme. Donc, faire vœux de pauvreté ou lutter courageusement contre la maladie permet d’obtenir une vie meilleure dans l’au-delà.

Au passage, l’Église empochait tous les biens des gens qui voulaient « racheter » leur âme pour gagner le paradis.

Enfin, ce chapitre se termine par le récit d’Er qui n’est pas vraiment résumable. On peut juste dire qu’il reprend les idées chrétiennes d’enfer et de paradis ainsi que de jugement dernier. Tout ceci étant en rapport avec la justice pour l’âme.

 

Conclusion

Dans La République, Platon, à travers le discours de Socrate, nous a montré comment construire une cité idéale. Avec un État juste et des hommes justes (gardiens et philosophes). Contrairement à ce qu’on aurait pu croire il ne s’agit pas du modèle démocratique. En tout cas tel que nous le connaissons ! C’est un État utopique puisque même Socrate admet que la dérive des États est inéluctable. C’est même un État despotique et inégalitaire. D’ailleurs la cité grecque était soutenue par des milliers d’esclaves. Rien de surprenant à cela.

 

Ce que j’ai aimé dans La République

Bien que le nom de Platon puisse faire peur, j’ai trouvé La République particulièrement compréhensible, à la différence de Hume. La présentation sous forme de dialogue permet de suivre la logique du raisonnement. [bon parfois c’est un peu long].

Les points abordés sont intemporels. En effet, la justice et l’éducation sont toujours au cœur des débats. Socrate défendait déjà à l’époque un enseignement élémentaire. Certes, seulement pour une catégorie de personnes, mais sa volonté d’évolution est bien là.

 

Ce que je n’ai pas aimé dans La République

Certaines idées défendues par Socrate comme :

  • la sélection des Élites – cela pose un problème éthique.
  • l’infériorité de la femme – cette idée fait partie des préjugés masculins.
  • la vision d’un monde soumis à Dieu – rien ne prouve qu’il existe.
  • la pédérastie – prôner l’amour entre l’amant et l’enfant, c’est insupportable.

 

Que pensez-vous du fait que La République, soit un des fondements de notre philosophie et un hymne à des pratiques douteuses ?

 

Image : OpenClipart-Vectors

Leave a reply

Your email address will not be published.

You may use these HTML tags and attributes:

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>