Enquête sur l’entendement humain – par l’inspecteur Hume

Hume est un philosophe fondateur. Il publie l’Enquête sur l’Entendement Humain en 1748. Cet essai est une reformulation des idées du Traité de la Nature Humaine. Publication qui n’a pas reçu le succès escompté par l’auteur.

Objectif de ce nouvel opus… Démontrer comme en sciences par des preuves. Démontrer que la raison n’est pas la seule fonction essentielle à la conservation de l’individu. Que l’imagination joue également un rôle prépondérant. Son discours dérivera ensuite sur la vérité de l’existence de Dieu.

 

Hume enquete entendement humain

 

Rappel

Avant de faire le résumé de cet ouvrage rappelons une chose. L’entendement est la faculté par laquelle l’esprit conçoit. C’est l’aptitude à comprendre.

 

Section I – Les différentes espèces de la philosophie

La philosophie considère l’homme de deux façons :

  • l’homme actif dont les actions sont faciles à décrire par l’observation
  • l’homme raisonnable qui agit pour l’amélioration.

La délivrance du savoir philosophique va se faire par une enquête sérieuse. Une enquête visant à obtenir des informations précises.

 

Section II – Origines des idées

Il existe deux classes de perception de l’esprit :

  • les pensées ou les idées – elles sont faibles et peu vives.
  • les impressions liés aux 5 sens (l’ouïe, la vue, le toucher, le goût et l’odorat). Elles nous procurent les sentiments d’amour, de haine ou de désir.

Nos idées sont des copies de nos impressions car :

  • nos pensées sont copiées de nos sentiments antérieurs
  • si un de nos sens nous fait défaut, nous sommes privés de la sensation correspondante et nous perdons l’idée associée.

 

Section III – L’association des idées

Il existe trois façons d’associer des idées par :

  • ressemblance
  • rapprochement dans le temps et dans l’espace
  • relation de cause à effet (causalité)

Lors de l’exercice de narration, notre imagination relie les événements rapportés les uns par rapport aux autres. Que ce soit pour les poèmes ou pour les histoires. On parle alors d‘unité d’action. Cette dernière n’est pas observée au théâtre. En effet, certains dialogues ne font pas partie de la scène représentée.

 

Section IV – Doutes sceptiques sur les opérations d’entendement

Première partie

On différencie deux types de raisonnements :

  • celui qui fait appel aux relations d’idées telles que la science intuitive ou démonstrative
  • celui qui s’appuie sur les faits et donc sur les expériences et les observations

 

Deuxième partie

Hume montre alors que :

  • « (…) même une fois que nous avons eu l’expérience des opérations de causalités, nos conclusions tirées de cette expérience ne se fondent pas sur le raisonnement ni aucune opération de l’entendement. » (page 92)

A savoir que, même si nous tirons des conclusions à partir de l’observation de nos expériences passées, cela ne suffit pas pour construire une démonstration scientifique.

Hume doute des relations de causalité tirées de nos expériences passées (même régulières) car elles apportent une information directe mais les conclusions expérimentales qui s’en suivent restent des suppositions.

Nous raisonnons alors avec des « a priori ».

 

Section V – Solutions sceptiques de ces doutes

Première partie

Il est admis que la philosophie académique ou sceptique tire ses conclusions de l’accoutumance (habitude) et non du raisonnement.

Donc, la répétition des événements permet de conclure sans véritable démonstration. On l’a vu pendant les élections présidentielles françaises de 2017.

 

Deuxième partie

Par l’imagination, nous pouvons aller au-delà des conclusions tirées par  l’observation des habitudes. Ainsi, notre esprit, par la pensée, peut nous amener à concevoir de nouvelles idées.

 

Section VI – La probabilité

Quand nous cherchons à extrapoler une idée venue de notre expérience, il y a un phénomène qui peut intervenir. Ce phénomène c’est le hasard.

On distingue donc les causes – qui sont invariables (Ex: la probabilité de se brûler avec le feu est toujours constante) – de celles qui sont irrégulières. ainsi, par exemple : la probabilité qu’il gèle l’hiver varie selon le climat. Ce dernier type de cause engendre la croyance et éveille la curiosité chez le philosophe.

 

Section VII – L’idée de connexion nécessaire

Première partie

Dans cette nouvelle partie, Hume pose deux problèmes.

 

A- Quelle est l’influence de la volonté de notre corps ? Comment s’opèrent les mouvements corporels ?

Hume observe que :

  • L’union de l’âme et du corps est un mystère. Si nous le connaissions, nous aurions une puissance extraordinaire.
  • Notre volonté ne permet pas de bouger toutes les parties de notre corps (Ex : reins, foie, …)
  • Le mouvement se crée dans le muscle et non dans le membre qui se meut.

On peut donc en déduire que l’origine du pouvoir ou l’énergie qui permet le mouvement non naturel est inconnue.

 

B- Quel est l’influence de la volonté sur nos idées ?

Hume montre de la même façon que :

  • L’apparition d’idées est commandée par notre volonté. Mais nous  ne comprenons pas comment elles sont amenées à notre esprit.
  • La maîtrise par nos idées tout comme par notre corps est limitée.
  • Cette maîtrise sur nous même varie en fonction de notre état psychologique et physique.

On explique donc facilement les idées et les action simples. Mais les phénomènes les plus complexes restent sans cause.

Les philosophes ont trouvé une réponse à ces questionnements sur la volonté. En admettant que c’est l’Être Suprême qui permet tout mouvement physique ou apparition d’idées. « La divinité est la cause immédiate de l’union de l’âme et du corps ».

Les philosophes admettent ainsi l’existence de Dieu. Mais Hume cherche à réfuter cette théorie car :

  • elle serait trop simple et non prouvée par la vie courante.
  • nous ignorons comment l’Esprit Suprême agit.

 

Deuxième partie

Si l’on fait un peu de sémantique, on peut dire que :

  • lorsqu’un événement est observé une seule fois il s’agit d’une conjonction (= action à joindre).
  • lorsqu’un événement est observé plusieurs fois, il s’agit d’une connexion (= action de lier par des rapports étroits).

La connexion des idées se produit quand des cas semblables se répètent et provoquent le même événement. Nous sommes alors capables de « concevoir la notion de cause ».

 

Section VIII – Liberté et nécessité

Première partie

On reconnait que, par nécessité, l’homme réalise nombre d’actes de façon naturelle ou volontaire. Par exemple, respectivement  respirer ou se nourrir.

Quid de la liberté versus l’acte volontaire ?

La liberté est « un pouvoir d’agir ou de ne pas agir selon les déterminations de la volonté ». Tandis que la « liberté conditionnelle (…) appartient (…) à tout homme qui n’est pas prisonnier dans les chaines ».

Par conséquent, quelle que soit la définition du mot liberté, elle doit :

  • Être en accord avec les faits observés.
  • Être fidèle à elle-même.

La liberté, par opposition à la nécessité (qui est une contrainte), équivaut au hasard.

 

Deuxième partie

L’homme réalise une suite d’actes nécessaires et volontaires. Donc libres. Dieu est l’auteur de la cause de ces actes. Qu’ils soient bons ou mauvais.

Cependant, cette théorie est absurde. Car les actions voulues par Dieu ne peuvent être mauvaises. Car il est perfection. Toutefois, certains philosophes, comme les stoïciens, pensent qu’il est naturel d’accepter à la fois les émotions liées à la douleur et celles liées au bonheur. Elles font partie de notre existence et donc ne remettent pas en cause la nature de Dieu.

Cependant, « comment Dieu peut être la cause médiate de toutes les actions humaines sans être l’auteur du pêché et de la dépravation morale ».

Alors, la philosophie ne répond pas à ce questionnement. Elle se contente d’examiner « la vie courante ».

 

Section IX – La raison des animaux

L’animal est doué de la faculté d’apprentissage par observation. Cependant, ce même animal ne tire pas ses conclusions à partir d’un raisonnement mais à partir d’une habitude. Donc, au sens naturel, il s’agit de l’instinct. C’est lui qui nous pousse à agir de telle ou telle façon. L’homme est identique à l’animal sur ce point.

 

Section X – Les miracles

Première partie

Hume définit le miracle comme une « transgression d’une loi de la nature par une volonté particulière de Dieu ou par l’interposition d’un agent invisible ».

La croyance aux miracles est basée sur les témoignages humains. Tout comme l’expérience, qui ne supporte pas forcément le raisonnement mathématique, on peut croire aux miracles en s’appuyant sur les faits rapportés par plusieurs personnes. Si tant est que les faits soient avérés et que les personnes interrogées soient saines d’esprit.

Mais, « un miracle est une violation des lois de la nature ». Aussi, faire croire à un miracle par la fausseté d’un témoignage serait une épreuve de force qui permettrait à un individu de gouverner l’opinion de l’autre.

 

Deuxième partie

Hume établit dans sa première partie que « le témoignage qui fonde un miracle peut atteindre une preuve entière et que la fausseté de ce témoignage serait un réel prodige ». Il souhaite cependant mettre à l’épreuve la survenue de tels événements miraculeux. Et il avance les points suivants :

  • L’histoire nous rapporte des miracles approuvés par des hommes de bon sens.
  • L’esprit est poussé par la surprise et l’étonnement. Lesquels font naître des émotions. L’esprit est parfois enclin à croire aux événements inhabituels. Ajoutez l’ignorance des gens et la tendance à la rumeur, vous obtiendrez des personnes aptes à croire aux miracles.
  • La plupart des récits surnaturels sont observés chez les peuples barbares et ignorants.
  • Aucun miracle n’a été contredit par une quantité de contre-témoignages sûrement par superstition. Ou parce que, appartenant à l’histoire, il est impossible de prouver le contraire (non fondement).

De là, Hume pense donc que pour faire croire aux miracles, la « religion se fonde sur la foi et non sur la raison ».

On peut élargir le raisonnement fait pour les miracles aux prophéties. La foi modifie l’entendement humain et peut porter à croire ce qui est contraire à l’expérience.

 

Section XI – La providence particulière et l’état futur

Dans cette partie, Hume retranscrit une conversation qu’il a eu avec un ami sur le scepticisme. Et son paradoxe vis à vis de l’existence de Dieu.

Le débat commence sur la philosophie et la religion. La première se référant aux sages et aux savants. La seconde aux ignorants.

Hume souhaite que son ami fasse un discours sur l’existence de Dieu. Mais comme s’il se trouvait devant le peuple Athénien. On supposera alors que son ami se trouve dans la peau d’Épicure.

Les premières idées de ce discours sont les suivantes. « Les philosophies religieuses (…) éveillent (…) les doutes ». Et « Le seul argument en faveur de l’existence de Dieu est tiré de l’ordre de la nature ». Cette dernière affirmation ne se vérifie que sur les « phénomènes visibles de l’univers ».  On peut donc nier la gouvernance des événements par un Être Suprême. Mais pas l’existence même de ces événements. Donc Dieu existe peut-être mais il n’interfère pas dans les causes et les effets des événements.

Notre erreur est de nous mettre à la place de l’Être Suprême or par la philosophie ou la religion, Il se place au-delà des lois de la nature. La philosophie religieuse nous délivrent des passions et nous libère des contraintes de la société. L’univers même est la preuve qu’un Dieu existe.

 

Section XII – La philosophie académique ou sceptique

Première partie

Hume, toujours dans sa quête de vérité, cherche à comprendre comment un homme peut être athée ou sceptique.

Pour lui, il y a deux types de scepticisme :

  • le scepticisme antérieur à la science ; certains érudits, tel Descartes, prônent le doute à l’égard de tous nos sens, opinions ou principes pour que nous fassions les raisonnements les plus vrais possibles.
  • le scepticisme postérieur à la science : ses adeptes doutent de nos facultés mentales

Pour les sceptiques, nos sens nous trompent. Par exemple la vision de la rame cassée dans l’eau. Il faut donc les corriger.

Selon Descartes, nous devons avoir recours à Dieu pour trouver la vérité et triompher sur nos sens. Car Dieu « ne se trompe jamais ».

Selon les Philosophes sceptiques, cet argument n’est pas suffisant. Il s’oppose à la raison. Car les qualités d’un objet perçues par nos sens ne sont pas les qualités véritables de cet objet. Un peu de connaissance de la PNL vous en persuadera.

 

Deuxième partie

Les philosophes sceptiques trouvent des objections contre :

  • les raisonnements abstraits. Au 1er degré il y a ceux qui sont clairs et intelligibles. Au 2nd degré il y a ceux qui sont absurdes et contradictoires.
  • les raisonnements qui se rapportent aux questions de faits et d’existence.

Les objections des sceptiques sont :

  • soit populaires ; elles viennent alors de la faculté humaine à raisonner au quotidien.
  • soit philosophiques ; elles viennent de la réflexion approfondie. Dans ce cas, le philosophe sceptique admet le rôle de l’expérience dans la vie.

 

Troisième partie

Pour rester dans le vrai, mieux vaut s’en tenir aux faits de la vie quotidienne. Et éviter tous les « a priori ». Méfions nous du sophisme et des illusions.

La théologie, doit se reposer sur l’expérience pour prouver l’existence de Dieu. Mais sa base la plus solide reste la foi.

 

Ce que j’ai aimé dans l’ouvrage de Hume

L’application de l’auteur à développer ses arguments comme une démonstration scientifique, exemple à l’appui.

Ce que je n’ai pas aimé

Le fait que l’auteur ne prenne pas position sur la question de l’Être Suprême. À la fin de son traité on ne sait pas vraiment s’il croit ou non en Dieu.

Hume est plus abordable dans la série Lost ! :-)

 

Conclusion

Les thèmes abordés sont la raison, la liberté, la vérité et Dieu.

Il faut replacer l’écriture de ce texte dans son époque. Le XVIIème siècle. Hume ne possède alors pas les données scientifiques que nous avons actuellement. Ces arguments sont alors parfois faux. Comme l’exemple du tremblement de terre. Il a pour lui comme cause la volonté de Dieu. Aujourd’hui, grâce à la théorie de la tectonique des plaques nous savons qu’aucune divinité n’est à l’origine des séismes.

 

 

Illustration : Alexas_Fotos

Comments ( 2 )

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