Discours de la servitude volontaire – La Boétie

by BL 1 Comment

La servitude semble être un sujet vieillot. Il n’y a plus d’esclaves. En tout cas chez nous. Pourtant, le Discours de la servitude volontaire de La Boétie est d’une incroyable actualité. Voyons pourquoi et comment.

 

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Introduction

Le Discours de la servitude volontaire est récemment revenu sur le devant de la scène. En effet, il est présenté aux concours des grandes écoles.

L’occasion de nous replonger dedans. Il est d’une très grande actualité. Nous allons nous rendre compte que nos sociétés sont à fond dans la servitude. Cela fait froid dans le dos !

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La problématique de la servitude

La problématique de cet écrit est la suivante.

Comprendre comment tant d’hommes peuvent abandonner leur liberté, par servitude. Pour se soumettre à un seul homme. Et ceci de leur plein gré. Donc de façon volontaire.

En effet, ces hommes sont « tyrannisés n’ayant ni biens, ni parents, femmes, ni enfants, ni leur vie qui soit à eux ».

 

Un constat invraisemblable

Ce constat exprimé de la sorte semble invraisemblable.

Car demander à des hommes de combattre pour leur liberté, on comprend le concept. Mais combattre pour asseoir le pouvoir d’un tyran ? Un tyran qui les rend serfs et esclaves ? On a un peu de mal à suivre. Comment un seul homme peut-il créer une telle situation ?

 

Le peuple crée le tyran

En fait, il faut prendre en comptent que ces hommes soumis, n’obéissent pas mais servent. D’ailleurs, c’est le peuple lui-même qui se laisse asservir et qui crée alors le tyran.

Mais pourquoi donc et comment, me direz-vous?

 

I. L’origine de l’obéissance

Nous sommes naturellement obéissants à nos parents. Mais nous sommes nés libres. Comme le dira plus tard Rousseau dans le « Discours sur l’origine et les fondement de l’inégalité parmi les hommes » ou « Du contrat social ».

C’est donc par reproduction des gestes de nos ancêtres, par coutume, que nous obéissons.

La Boétie ajoute une précision en affirmant que la coutume est bon conseil au contraire de l’asservissement.

 

II. Mise en place des tyrans au pouvoir

Selon La Boétie, il existe 3 sortes de tyrans :

  1. « ceux qui possèdent un royaume par élection du peuple
  2. ceux qui possèdent un royaume par la force des armes
  3. ceux qui possèdent un royaume par succession de leur race« .

Les moyens pour venir au pouvoir sont donc différents. Mais la façon de régner est la même : l’asservissement.

L’homme accepte de perdre sa liberté pour se soumettre au tyran pour 3 raisons :

  1. la tromperie, on lui ment sur les véritables raisons de son devoir d’obéissance
  2. la séduction, on lui promet une vie meilleure (biens, argents, pouvoir,…)
  3. l’héritage, il est né serf et pense que naturellement il le restera. « Ils prennent pour l’état naturel l’état de leur naissance. »

 

III. Pourquoi n’y a-t-il pas de révolte?

Toujours selon La boétie, « sous les tyrans, les gens deviennent lâches et efféminés. » Ils deviennent donc mous. Et sans vivacité. Ils perdent tout courage.

Car les tyrans sont des petits malins. Ils manipulent le peuple :

  • en leur fournissant de temps à autres des divertissements et des festins pour les amadouer et les rendre serviles.
  • en jouant avec les croyances religieuses et en invoquant une divinité qui les protègent
  • en se servant de « tyranneaux » pour asseoir leur autorité de façon pyramidale. Chaque couche hiérarchique asservit la couche inférieure, les victimes des uns devenant les bourreaux des autres.

Arrêtons nous un peu sur cette histoire de « tyranneaux » que La Boétie se plaît à développer.

Ces petits tyrans, veulent plaire à leur chef pour avoir une place privilégiée dans la société. Cependant, en contre partie, ils doivent le satisfaire en tout point. Ce qui a pour conséquence la perte de la liberté de l’individu. On ne peut dire ou faire ce que bon nous semble au risque de déplaire au tyran et de se voir emprisonner, torturer ou pire se faire tuer. Ce n’est visiblement pas le bonheur puisqu’on le craint. Mais avec ce système la révolte peut mettre du temps avant de gronder.

Cependant si la vie sous le tyran n’ai pas synonyme de bonheur, pourquoi se soumet-on à ses désirs ? C’est ce que nous allons résumer dans la dernière partie.

 

IV. Pourquoi plaire au tyran ?

Toujours et encore, d’après La Boétie, tout simplement pour posséder des biens.

Mais ces richesses acquises par le crime et la cruauté ne peuvent profiter aux tyrans. Elles leur seront reprises car les tyrans sont toujours tués par d’autres tyrans.

En effet, il n’y a pas d’amitié entre les tyrans. Leur groupe forme un complot (ils s’entre-craignent). À la différence, un groupe d’amis forme une compagnie (ils s’entraident).

 

Conclusion

Un seul homme contre tous, et personne ne réagit. Oui, car beaucoup sont complices. Il s’agit donc là d’une servitude volontaire.

Voici une situation bien injuste. Mais La Boétie, qui est croyant, par conviction ou par obligation (comme beaucoup d’hommes à son époque) pense que Dieu punira ces tyrans.

Cela nous permet de finir notre lecture sur une note positive. :-)

 

Ce que j’ai aimé

L’écriture visionnaire et volontaire de La Boétie. On est en 1548, et il ose écrire une texte résolument contre le pouvoir en place. Il prend des risques.

Le caractère actuel de ce discours. Aujourd’hui encore, on souhaite plaire au « tyran » ou plus exactement à notre hiérarchie pour gagner plus. Certes les sévices physiques ont disparu mais les sévices psychologiques eux sont de nouveaux maux avec lesquels notre siècle doit compter.

Il faut savoir refuser et dire « non » pour garder sa liberté.

 

Ce que je n’ai pas aimé

L’oubli dans ce discours de la cruauté à laquelle était soumis les nombreux serfs et paysans à l’époque. Ces gens n’avaient que leur vie et ils y tenaient. Car en la perdant ils pouvaient mettre leur famille dans une situation bien plus misérable.

 

Image : skeeze

Comment ( 1 )

  1. 14 livres à lire sur la plage cet été pour gagner de l'argent
    […] Un livre écrit « à l’honneur de la liberté, contre les tyrans » dans lequel l’auteur explique comment un peuple entier peut ployer sous le joug d’un seul homme sans force ni prestige. Tout à fait d’actualité ! Mon résumé… […]

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