Apprendre la philosophie en s’amusant avec les séries télé

Oui il est possible d’apprendre la philosophie tout en se divertissant. Par exemple, on peut suivre sa série télévisée préférée et faire de la philo. Les deux ne sont pas antithétiques.

Et c’est exactement ce que je vous propose de faire dans ce post : étudier la philosophie avec les séries TV.

serie tv philosophie

Je n’ai aucun mérite, car j’ai lu Philosophie en séries, le livre de Thibaut de Saint-Maurice.

C’est un ouvrage divertissant qui aborde la philosophie par le bon bout et qui traite d’un bon nombre de sujets classiques et incontournables.

L’auteur a réussi un bel exercice de style en transformant la saison 1 de plusieurs séries en dissertations bien menées.

 

Présentation du livre Philosophie en Séries

Ce livre de 176 pages traite de sujets philosophiques sous-jacents aux séries télévisées que nous adorons tous.

 

Je suis fan de LOST et il m’était déjà apparu que les noms des personnages de cette série sont souvent ceux de philosophes. Aussi j’ai tout de suite acheté cet ouvrage quand je l’ai vu.

Je n’ai jamais regardé Prison Break, Docteur House et la plupart des séries abordées, mais l’auteur introduit rapidement mais précisément le contexte de la série, du moins dans les deux premières saisons.

 

 Cliquer sur l’image pour les détails

 

Le bouquin est organisé par série (après une petite introduction).

Chaque partie consacrée à une série est aussi consacré à un thème philosophique. De quoi réviser le bac en s’amusant ! :-)

La conclusion traite du sujet de l’art : les séries télévisées sont-elles de l’art ?

 

Sujets philosophiques abordés

Tout en s’amusant on lira dans ce livre des développements sérieux sur les thèmes suivants (traités en terminale pour passer le bac) :

  • Introduction : peut-on philosopher devant un écran de télévision ?
  • 24h chrono : la morale, le devoir
  • Dexter : la justice
  • Docteur House : le réel, la réalité, la vérité et le mensonge
  • Grey’s Anatomy : le travail
  • Les experts: la démonstration, théorie et expérience
  • Alias : le sujet et la conscience
  • Lost : la société
  • Nip/Tuck : la matière et l’esprit
  • Prison break : la liberté
  • Rome : l’histoire
  • Six feet under : l’existence et le temps
  • The soprano : l’inconscient
  • la conclusion : l’art

 

Résumé du livre

La morale et le devoir

Jack Bauer, dans 24h chrono est une sorte de justicier. Il ne recule devant rien pour punir les méchants. La question qui se pose est donc de savoir ce qui est juste et ce qui ne l’est pas.

Est-il juste d’utiliser des moyens injustes pour punir les criminels ?

C’est la notion kantienne de devoir universel qui s’oppose à l’utilitarisme : le bien-être du plus grand nombre.

 

La justice

Dexter, lui, est un justicier de l’ombre. C’est un meurtrier de criminels. Il rend la pareille comme dans la loi du talion.

Il pose la question de la justice, la justice humaine qui est un paradoxe puisque son but est de faire cesser la violence… Par la violence.

La justice humaine est un échec puisque elle arrive trop tard et ne répare que très rarement le préjudice.

 

Le réel, la réalité, la vérité et le mensonge

Le truc du Docteur House est de trouver la vérité et dénoncer le mensonge, notamment celui des patients qui se mentent à eux-même comme au médecin.

La méthode du Docteur est la démarche rationaliste scientifique : observation et rassemblement des indices, hypothèse et expérimentation.

Mais la vérité ne découle de l’expérimentation que lorsque l’on a usé tous les arguments pour essayer de réfuter l’hypothèse grâce à la dialectique.

 

Le travail

Grey’s Anatomy pose le problème du travail. D’abord vu comme une activité pénible qui asservit l’homme, on peut le voir comme une activité sociabilisante (passage rituel de l’enfance à l’état adulte) et comme une façon de développer sa confiance en soi.

 

La démonstration, théorie et expérience

Dans la série Les experts la partie de la philosophie que l’on traite est la démonstration. L’activité des policiers est de recueillir des faits, établir des hypothèses et les prouver.

Mais on ne peut pas prouver réellement des faits. On peut juste essayer de les corroborer.

C’est le rôle de l’expérience que de réfuter certaines hypothèses (qui s’avèrent donc être fausses).

Si l’on ne peut pas prouver objectivement la vérité d’une hypothèse (on ne peut le faire que dans des sciences comme les mathématiques), l’expérimentation peut éliminer les hypothèses fausses.

 

Le sujet et la conscience

Quelle question philosophique est soulevée dans Alias  ? Son personnage principal change de personnalité au point de douter de qui il est réellement.

Qu’est-ce que l’identité personnelle ? La conception classique (Descartes) fait de l’homme une substance pensante, avec une certaine universalité.

Nietzsche dénonce cette conception, mais c’est John Locke qui établit une théorie de la personnalité qui tient la route.

L’identité se construit autour de la conscience de soi. D’après lui on se souvient de qui on est grâce à la mémoire que l’on conserve de notre vie.

La continuité de l’identité ne peut se faire que par la continuité des souvenirs. Et c’est l’inconscient qui la sauvegarde, bien qu’il puisse aussi être à l’origine de changements de personnalité rapides et multiples quand celui-ci abrite plusieurs parties relativement différentes.

Nous sommes constamment le résultat d’une négociation entre différentes parties de nous.

 

La société

Côté philosophie, le pompon revient à Lost. Ses personnages portent le nom de philosophes !

Mais c’est bien le thème de la société que Lost aborde, avec deux conceptions différentes de l’état de nature.

 

La matière et l’esprit

La philosophie dans Nip / Tuck c’est celle de l’opposition classique entre la matière et l’esprit.

Pour les classiques la matière c’est caca, c’est mal, alors que l’esprit c’est le top du top. Un peu prout-prout comme avis, non ?

En fait cela arrangeait bien les religieux, ou sinon, comment faire gober l’immaculée conception ?

Le dualisme du corps et de l’esprit s’est d’abord révélé dans l’affirmation que le corps est la prison de l’âme.

Cette série qui traite de la chirurgie plastique se fait l’écho de ces gens qui veulent que leur corps reflètent ce qu’ils sont à l’intérieur. Mais que sont-ils ?

La chirurgie, parlons-en…

La chirurgie considère le corps comme une machine. D’ailleurs, toute la science moderne considère que le corps n’est qu’un ensemble de pièces. On cherche à savoir quelle pièce du cerveau est le siège du langage, des émotions, etc.

En fait, le corps et l’esprit sont deux facettes d’une seule et même chose.

 

La liberté

Prison break pose le problème de la question philosophique de la liberté. La question est : peut-on être libre entre quatre murs ?

La série nous apprend, avec la philosophie, que la liberté c’est avoir le choix mais aussi comprendre son environnement et le maîtriser.

Le héros de la série se construit sa liberté parce qu’il est maître de ses agissements car il a tout prévu et connaît la prison sur le bout de son dos.

 

L’histoire

La série Rome pose le problème de l’histoire et de son objectivité. On ne peut pas être objectif en histoire, parce que celui qui la décrit ou l’analyse fait partie d’un mouvement historique.

Ensuite il y a la place de l’homme et des histoires particulières dans l’histoire. Les héros de Rome ont leur propre histoire, une histoire qui rencontre à maintes reprises la grande histoire. La philosophie, et surtout Hegel, nous dit que certains hommes deviennent des personnages historiques quand leur destin rencontre le mouvement de l’histoire.

 

L’existence et le temps

Dans Six Feet Under le spectateur suit l’histoire d’une famille de croque-morts. Le thème de philosophie abordé est la mort, l’existence et le temps.

Épicure, dans la Lettre à Ménécée, explique que la mort (et sa crainte) est un faux problème. En effet, les deux états (vivant et mort) ne sont jamais contemporains. Il est donc inutile de se poser la question.

Au contraire, la mort doit être un formidable motivateur. La mort rend précieuse l’existence.

 

L’inconscient

The soprano aborde l’inconscient. Un parrain de la mafia est torturé par sa conscience.

La prise en compte de l’inconscient a été introduite par Freud, d’une façon dévoyée. Pour bien comprendre l’inconscient il faut se frotter un peu à l’hypnose et la PNL.

Mais en philosophie, l’inconscient pose la question de la responsabilité. Est-on responsable de nos actes quand on a une partie de nous inconsciente ? Et cette partie cachée (donc, forcément mauvaise, dirait Freud) est-elle notre côté animal ? Parce que, bien sûr, l’animal est plus mauvais que l’homme, c’est connu !

Pour moi, la question de la responsabilité n’est pas la fin. Le problème c’est surtout de dire et de savoir que l’on peut agir dessus grâce à l’hypnose et à la PNL. Mais; ça, les philosophes ne vous le diront pas. Parce qu’ils ne le savent pas.

 

L’art

La conclusion traite de l’art : est-ce que les séries télévisées sont de l’art ?

Tout d’abord, d’après certains, une œuvre d’art est ce qui est beau. Pour d’autres c’est quelque chose qui ne sert à rien, qui est intemporel et ne sert pas au commerce.

Avec leur aspect mercantile, les séries TV n’ont donc rien, a priori, d’une œuvre d’art.

Les séries sont un objet de divertissement, de propagande commerciale et de manipulation politique.

D’un autre côté, les « vraies » œuvres d’art (modernes) obtiennent ce statut grâce à des galeristes qui seraient prêts à vendre leur mère pour faire du pognon.

L’auteur dit qu’il faut passer de la question « qu’est-ce qu’une œuvre d’art » à la question « quand un objet agit comme œuvre d’art ? »

Un objet agit en œuvre d’art en fonction du contexte. Une autre façon de ne pas se mouiller, comme bien souvent en philosophie. Ni blanc ni noir mais jamais de solutions.

 

Ce que j’ai aimé dans ce livre

Voici les aspects de ce livre que j’ai aimés :

  • l’auteur introduit l’histoire de la série, donc même si on ne l’a pas du tout suivi on comprend de quoi elle parle
  • c’est une véritable dissertation sur un thème philosophique que l’on a dans chaque partie
  • les transitions entre thèse et anti-thèse sont bien faites
  • une large palette de thèmes sont abordés y compris dans la conclusion sur l’art.

 

Ce que je n’ai pas aimé dans ce livre

Le seul reproche que je pourrais faire à cet ouvrage c’est que l’on a forcément des séries qui ne sont pas citées. Cela appelle une nouvelle édition ou une suite !

 

Comment vous procurer ce livre ?

Ce petit bijou de littérature pratique adapté à la philosophie est disponible dans toute librairie et chez Amazon :

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